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Artistes en une

Entretien avec Denis Vargas.

Denis Vargas est un fervent partisan du vinyle, comme j’aime les mettre en avant. Après un break d’une dizaine d’années, pendant lequel il fut, je cite : ”le spectateur de l’ère du tout-numérique qui n’épargne rien” (ni personne), il revient sur le devant de la scène afin de partager avec nous, sa passion et surtout sa vision de la musique électronique. Entretien avec un homme dont la démarche artistique ne laisse pas indifférent.

Alors salut Denis et merci d’avoir accepter le jeu de l’interview pour le blog LeDiscographe.fr !
Parles nous un peu de toi. Quelles sont tes influences musicales et artistiques ?

J’ai toujours été un chercheur de pépites vinyles. J’ai commencé ma carrière de DJ dans des radios libres, j’avais alors onze ou douze ans. Ma famille et plus particulièrement mon oncle, baignait déjà dans le milieu. Comme il était un exemple à mes yeux, je l’ai naturellement suivi… Mes influences musicales sont nombreuses. Cela va de la Salsa, de la Funk, du Hip-Hop, de la Soul, du Rock, du Punk, et de la New Wave à mon amour immodéré pour… le jazz. D’ailleurs, cela me plairai bien que de proposer un set Rock Progressif ou Jazz en after, par exemple ! Dans mes sets, j’adore franchir les barrières, notamment à l’aide de disques aux styles complètement décalés rapport à ce que je joue traditionnellement; Histoire de surprendre le public, histoire de le faire voyager^^ !

Rester dans sa zone de confort, c’est totalement contre-productif : cela ne sert à rien de se répéter. En surprenant mon public, je me surprends moi-même. La plupart du temps, j’essaye de capter l’attention des gens, en me demandant quel morceau pourrait être jouer à tel ou tel autre moment, afin que nous arrivions à communier tous ensemble. Et puis, ce ne sera pas le cinquantième morceau Techno passé dans un même set qui contrastera ! Personnellement, j’aime inviter les danseurs à bouger sur des morceaux jazz ou africain, afin de pouvoir dire : « tu sais que tu as dansé sur un track de Manu Didango, daté des années 70 ? ».

Tout simplement, j’aime la musique qui transpire la sincérité.

Et je pense bien entendu à Manu Manu Dibango qui nous a malheureusement quitté le 24 Mars dernier, touché par cette saloperie de Covid-19. Total soutient à ses proches.
D’ailleurs, tu as sorti plusieurs albums entre le courant des années 90 et le début des années 2000. Citons en quelques uns : Black Water (1994), Large Spectre (1997), Dirty Moon (2005) ou encore Miroir Aux Oiseaux (en 2008). Tu peux nous en parler un peu ? Est ce qu’ils ont été réalisés à l’aide de synthés modulaires, ce que j’ai cru comprendre ?

Ces cinq albums ont été conçus avec du matériel analogique : un synthé Juno, les TB Roland, des échantillonneurs, des samplers Akaï… et même un Atari ! Il y a trente ans, c’était compliqué et très coûteux de produire un disque ! Mes albums sont des auto-productions qui étaient distribuées soit de la main à la main, soit par le biais de mon ex Techno-shop “HOUSY RECORDS”. A l’époque en France, personne ne souhaitait presser de maxi(s) typé Techno, alors des albums… Il y avait bien quelques labels qui ouvraient leurs portes, mais pour y sortir un opus, il fallait passer par de nombreux compromis.

La famille Techno ne m’a jamais accepté tel que je suis. Je n’ai rien fais pour d’ailleurs : je suis un solitaire et j’adore rester dans l’ombre. La lumière me fait mal aux yeux. Je suis dans un état d’esprit Underground et je ne fait aucune concession. Je n’exploite personne et personne ne m’exploite. Subjectivement, la composition reste un superbe terrain de jeux et d’expériences sonores. J’essaie de franchir des barrières, de trouver de nouvelles directions, qu’elles soient Trip-Hop, Abstract, Micro-House, ou Techno. Le fait de sortir un vinyle n’ est pas anecdotique. C’est un acte important et magnifique pour un musicien !

Tout à fait d’accord avec toi, je te suis à 100 %, j’ai la même vision des choses ! Et sinon : un nouveau projet d’album à venir ? Une exclu pour LeDiscographe.fr ?

Un nouveau projet oui, produit exclusivement à l’aide de modules analogiques, va naître très prochainement. Il s’agit en fait de quatre pistes musicales d’une durée de plus de vingt minutes chacune, distillant plusieurs ambiances et/ou états d’esprits; Une sorte d’hybridation entre pistes de réflexions concernant notre avenir commun et pistes de réflexions concernant le domaine du rêve. Ces quatre opus, qui finalement, fusionneront en une seule et même oeuvre, seront une sorte de reflets à nos problèmes de société. La musique est une réponse positive et importante. Un peu comme lorsque l’on arrive au bout d’un sombre tunnel.

Réfléchir et toucher l’espérance…

De prochaines dates de lives, ou de sessions mix publiques à venir ?

Toutes mes dates lives, ainsi que mes DJ Sets ont été annulées suite à la crise sanitaire du coronavirus… Beaucoup d’artistes repartirons de zéro après cette période. Bon, ce n’est pas le plus important dans l’immédiat. J’espère simplement que la situation reviendra à la normale au plus vite, comme tout le monde. En attendant, restez avec vos proches, avec les personnes que vous aimez, faites attention à eux.

C’est vrai que nous vivons une période particulière et difficile… Force et courage à toutes les lectrices et à tous les lecteurs de ce blog ! Question plus générale, mais pas moins sérieuse : quelle est ta vision de la musique électronique à ce jour, rapport à son évolution depuis la fin des années 1990 ? Ca va dans le bons sens d’après toi ?

La Techno a finalement réussi à se démocratiser, aucun doute là dessus. Mais d’après moi, elle est devenue trop ”mainstream” .Y’a pas mal de DJ(s) dans sur le circuit (mainstream) qui n’en ont rien à faire de la musique électronique, et qui ne pensent qu’à l’argent. Ceux la tuent notre culture du djing, de la scène et du clubbing… Ca va dans le mauvais sens, vraiment ! Quand j’ai commencé ma carrière, être DJ, ce n’était pas un métier. Il s’agissait plutôt d’une petite corporation de passionnés, rien de plus. Aujourd’hui certains DJ(s) sont considérés comme de véritables starlettes, ils deviennent de purs produits marketing…

J’écoute beaucoup de mix sur internet. Et la plupart du temps, je m’ennui car ce sont principalement des DJ sets vides, creux…sans trop d’intérêt. En soirée, certains DJs ne regardent même plus leurs salles. Ils jouent de moins en moins longtemps, alors que, d’après moi, le véritable plaisir d’un DJ, c’est de disposer de plusieurs heures pour pouvoir emmener les gens dans un monde différent, et les faire voyager d’un univers à l’autre. Le DJ est là pour donner de sa personnalité et conter une histoire qui lui est propre.

J’ai l’impression que, bien trop souvent, ces artistes ne vibrent pas sur la musique qu’ils jouent. Il pourraient passer n’importe quel disque, il ne vivent pas leur musique…

Je peut en écrire encore et encore avec le risque de passer pour une sorte “d’intello” ou un “ayatollah” de la Techno. Ne vous méprenez pas, je suis un épicurien, un défenseur de notre culture parmi d’autres. J’aime les belles choses et les beaux moments. Et d’après moi, rien ne vaut un DJ set (vinyles) avec ses imperfections, ses craquements, ses calages au dernier moment. C’est tellement humain…

Je comprend totalement ton résonnement.En tout cas, c’est sur ces belles paroles, que l’on se quitte. Je te remercie encore pour ta participation à cet entretien, entre passionnés de musiques électroniques ! Je te laisse le mot de la fin^^

Ne vous enfermez pas sur vous même, en n’écoutant que de la Techno, de la House, ou je ne sais quel autre style de musique électronique. Au bout d’un moment, ça devient super monotone. Il faut arrêter de se cantonner à de pseudos familles à la con.

Etre DJ(s), et notamment au format vinyle, c’est l’un des métiers les plus passionnants au monde ! Pour ma part, mixer des skeuds ça restera toujours la base.

Denis Vargas, pour LeDiscographe.fr

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