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Histoire de la musique électronique

L’avènement de la musique concrète

L’inversion audio, l’échantillonnage, la manipulation de la vitesse et la lecture en boucle sont des techniques incontournables de nos jours, dans le domaine de la production musicale. Les prémices de ces techniques remontent au mouvement musique concrète, né dans le courant des années 1940…

Les débuts de la musique concrète :

Les origines du mouvement musique concrète remontent au courant des années 1900/1910. Des hommes tels que Luigi Russolo, Leon Termen, Paul Hindemith, Ernst Toch et John Cage ont beaucoup innové. Ils sont à l’origine de nouvelles approches en matière de production audio.

Dans les années 30, des ingénieurs travaillant au sein de l’industrie musicale ont commencé à remettre en question les techniques de production de l’époque, jugées trop strictes. Ingénieur audiovisuel français passionné de sonorités expérimentales, Pierre Schaeffer était en ce temps fermement opposé aux contraintes de la composition musicale dites classiques.

Pierre Schaeffer était fasciné par la radio et l’enregistrement audio, qui permettaient de nouvelles expérimentations du son. L’ingénieur français parlait alors “d’écoute réduite” et “d’écoute acousmatique” : qui révélait un nouveau domaine des sons. Les objets de “l’écoute acousmatique”.

La technique :

Aux côtés de Pierre Henry (compositeur et collègue), Mr Schaeffer utilisait l’équipement disponible pour produire des pièces musicales sous forme de boucles, contrastant avec les ensembles rigides des structures classiques telles que strophiques, binaires, ternaires et rondos.

La technique de Henry et Schaeffer impliquait la répétition de sons placés sur boucle. Cela permettait à chaque ”clip”, sa répétition à l’aide d’un enregistrement shellac. Ou à l’aide d’un enregistrement sur bande magnétique. Au lieu d’enregistrer des instruments acoustiques conventionnels, Schaeffer préférait travailler avec des sons produits par d’autres objets. Les deux compères manipulaient alors chaque échantillon enregistré afin de produire de nouvelles sonorités.

En plus de créer de la musique sous forme de boucles, Schaeffer a également travaillé avec acharnement pour modifier les caractéristiques tonales des sons utilisés dans son travail. Cela impliquait de changer la vitesse (le pitch et donc la hauteur des notes), l’ADSR, l’utilisation de la réverbération mécanique, le filtrage et l’inversion des sons, produisant alors des résultats plus ou moins étranges, totalement novateurs pour l’époque.

Schaeffer et Henry ont également modifié de nombreux instruments de musique dans le but de produire de nouvelles sonorités, reflétant ainsi un autre aspect de ce style novateur qu’était la musique concrète.Pour ”Étude aux chemins de fer”, dont la première diffusion date de 1948, bien que la réaction du public allait de l’incrédulité comique au véritable outrage, de nombreux compositeurs et interprètes de l’époque ont trouvé l’oeuvre intrigante au plus haut point !

La technologie :

Avant l’arrivée des enregistreurs à bande magnétique, les techniques d’enregistrement audio étaient grandement limité. Schaeffer enregistrait directement sur des disques de phonographe en shellac.

Heureusement, le compositeur français s’adaptait très bien à la technologie limitée dont il disposait, ce qui explique sans doute son succès dans le développement de techniques nouvelles et innovantes.

Pour exemple, il inventa le ”groove verrouillé”, qui consiste à gratter intentionnellement un disque shellac pour faire en sorte que celui ci saute et crée une boucle… ce que, de nos jours, nous sommes en mesure d’effectuer en un clic, ou deux !Les nouvelles technologies musicales sont apparues à un rythme effréné au cours du vingtième siècle. De nouvelles inventions, telles que l’amplificateur à lampe(s) en 1906, et l’enregistreur à bande magnétique en 1944, ont complètement changé notre approche de la création audio.

Le synthétiseur, quand à lui, a été longtemps rejeté par les protagonistes du mouvement musique concrète… Ce qui ne l’empêchera pas de prendre son envol après les années 60. Pierre Schaeffer n’était pas pour l’utilisation des synthétiseurs et autres technologies du genre :

“Je suis convaincu que la musique synthétique, si elle est à la mode aujourd’hui, est une erreur car elle nourrit nos oreilles de sonorités synthétiques”.

Propos issus d’un entretien entre John Diliberto et Pierre Schaeffer.

La Musique concrète est-elle encore pertinente aujourd’hui ?

Bien que les producteurs de musique concrète tels que Schaeffer, Henry et Derbyshire ont été à l’origine d’un mouvement novateur et contre-traditionnel, leur désintérêt commun porté aux nouvelles technologies sonnera le glas de la musique concrète. En tout cas, telle qu’on l’a connue dans les années 50/60.

Effectivement, de nos jours, l’édition audio n’implique plus l’utilisation d’une lame de rasoir… Du fait de l”évolution des techniques de production audio qui privilégient l’efficacité et la simplicité, plutôt que l’expérimentation sonore brut, par le biais de supports physiques, la musique concrète ainsi que les ingénieurs à l’origine de ce mouvement plongent de plus en plus dans l’oubli… Et c’est bien dommage !

D’ailleurs, la plupart des ingénieurs et producteurs contemporains ne maîtrisent plus les techniques d’enregistrement et de montages analogiques de l’époque. A terme, cela provoquera la disparition totale des techniques physiques exposées dans la musique concrète.

Voila, c’est tout pour aujourd’hui. Le prochain numéro d’Histoire de la musique électronique arrivera prochainement, alors je vous dit à très vite, sur LeDiscographe.fr !

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