fbpx
0
Courants Alternatifs

Entretien poignant avec Cédric, punk de passage à Strasbourg

Son histoire m’a vraiment touché. Je t’invite à découvrir pourquoi en lisant cet entretien exclusif !

Klark D pour LEDISCOGRAPHE.FR

Le contexte :

Récemment, je suis allé rendre visite à mon frangin qui habite Strasbourg. Et c’est en attendant un tram pour bouger vers le centre-ville, le temps de fumer une cigarette, que j’ai été accosté par un jeune d’environ trente ans, style punk : le seul qui ne portait pas de masque tient^^ (ah, 2020…). Nous avons échangé quelques mots, puis nous sommes entrés dans une discussion intéressante et je dois le dire, assez enrichissante également.

Entre bières fortes et treillis dégueulasse :

Des punks, avec ou sans chien(s), j’en avais déjà rencontré quelques-uns en Free Party’s, ainsi que dans certaines grandes villes de France. Des travellers également… L’histoire de Cédric (nous l’appellerons comme tels pour l’occasion) m’a réellement touché. Il m’a donc autorisé à partager (en partie) son chemin de vie au travers de cet article hors série, sur mon blog.

Les seules conditions à respecter étant les suivantes : ne pas utiliser son véritable prénom (pour des raisons qui lui appartiennent), et ne pas le prendre en photo. J’illustre donc cet article avec une photo libre de droits (comme souvent d’ailleurs). Sur ce, je tenais encore à remercier « Cédric » pour le temps qu’il m’a accordé et pour le partage de ce poignant témoignage.

L’entretien :

Après avoir pris notre temps, et fait plus ample connaissance, nous nous sommes posés dans un bar, et nous nous sommes lancés dans l’entretien. J’ai commencé par lui demander simplement « comment est-il devenu punk. ».

« J’ai été expulsé de mon appartement, faute de pouvoir payer mon loyer… Du coup je me suis barré et j’ai commencé à me trimbaler à gauche et à droite… J’avais un peu plus de 22 ans à ce moment-là. J’ai bien essayé d’aller vivre chez un oncle (car je ne m’entends plus avec mes parents depuis l’âge de 15 ans)… Mais ça n’a pas duré ! Et comme j’en avais marre de ce bordel, que j’étais dégoûté, ben, j’ai décidé de vivre seul, à l’arrache… Dans la rue tu es confronté à une tout autre réalité… Parfois c’est la loi du plus fort, parfois celle du plus faible… »

Cédric a choisi la rue par rejet du système. Il s’accroche au peu d’affaires encore en sa possession, ainsi qu’à son style punk. Il écoute en boucle ses morceaux de Métal, et plus surprenants, ses tracks Tribe/Hardtek, sur son vieux smartphone, complètement délabré… Je lui demande alors ce qu’il a fait ses dix dernières années. Il nous raconte :

« Environ huit mois après avoir quitté la maison de mon oncle, je me suis motivé à bouger vers le sud de la France. Et c’est à ce moment que j’ai rencontré mes potes. Au départ c’était juste une bande de “punks à chiens” avec laquelle j’adorais bourlinguer. Nous vivions de squat en squat, en buvant de la bière à longueur de journée, tout en consommant de temps à autre, des plombs, des trips ou de la weed. Ça dépendait principalement de la région dans laquelle nous étions de passage, et surtout, de qui l’on pouvait rencontrer sur place… »

Les Poules Picorent

À ce moment précis, le téléphone de Cédric passe d’une piste audio à une autre : FKY [Les Poules Picorent], un track issu de l’album Third Type Party ! Je lui explique alors que j’adore l’artiste en question et que je suis un grand fan de sa musique électronique. Il me raconte :

« Mes potes et moi étions de gros teufeurs. Nous bougions constamment à la recherche de nouveaux squats et de plans teufs. La folie pure et simple ! Je ne t’explique pas le nombre de trains que j’ai pris sans rien payer ! Toutes les contraventions que j’ai chopé, je m’en suis servi pour faire du feu et… pour me torcher le cul ! On a fait les oufs pendant quelques années comme ça^^ NDLR ! Principalement en squattant le Sud. Dernièrement, j’ai perdu de vue pas mal de potes. Certains se sont mis en couple, ont eu des enfants… D’autres sont depuis longtemps installés dans les régions du Sud, ou en ont eu marre de galérer à longueur d’année. Ils sont tous rentrés dans le système ouais !! »

Au moment où j’écris ces lignes, Cédric a 31 ans. Sa vision du monde n’est pas si éloignée « d’une certaine majorité silencieuse »…

« Je n’ai aucune intention de me lever le matin pour aller bosser, dans ce monde toujours plus pourri par un capitalisme outrancier ».

Cédric, un punk sans chien, rencontré par hasard à Strasbourg/année 2020.

Cocktails opioïdes :

Cédric ne touche aucune aide et ne fréquente aucun centre social. Il ne se soigne pas non plus pour son addiction aux opiacés. Cédric a découvert le Skenan après avoir goûté à l’héroïne lors d’une teuf, en 2012. Il s’agit d’un médicament à base de morphine, que l’on prescrit principalement aux gens qui ont de graves cancers.

« Le “Skenan” est de bonne qualité et il produit des effets très similaires à l’héroïne, tout en coûtant moins cher. Ce n’est pas comme un “vrai” traitement de substitution ; le sub et la Metha, ça fait aucun effet… Juste tu te sens normal. Le Sken, c’est 30 € la plaquette, contre 40 € le gramme d’héro. Après tu as des régions en France, la came est encore moins chère ! Bref, de toute façon, je suis totalement accro ! La dernière prise de la journée, je ne peux vraiment pas m’en passer. En général, je fais ça dans mon sac de couchage. À l’abri, sous un pont. »

Quand j’essaye de lui parler des centres pour SDF et autres, Cédric se braque. Pas moyen d’en discuter. Il est visiblement contre ce type d’infrastructure :

« Je ne veux plus aller en centre ! Je ne m’y sens pas bien du tout et je ne fais pas confiance aux types qui crèchent dans les centres ! »

Cédric n’arrête pas de se dire qu’il devrait arrêter la drogue (il consomme de tout), cependant, et comme on peut s’en douter : rien n’est simple dans ce genre de situation. Du coup, je décide de changer de sujet.

À la recherche d’une plus grande stabilité…

Et le travail dans tout ça ? Ne serait-il pas un bon début de solution ? Je lui est demandé s’il avait déjà eu un boulot ; s’il souhaitait en avoir un jour… Peut être un métier en particulier, qui sait ?

« À 16 ans, je voulais travailler dans la mécanique automobile. Le souci, c’est que je n’étais pas très sérieux au CFA… Mauvais élève. Mon patron n’a pas souhaité continuer avec moi… Mes parents… j’ai vécu un enfer. Pour eux, y’a toujours eu que le boulot dans la vie putain ! »

Je lui demande alors s’il ne souhaiterait pas retrouver du travail, même en temps partiel, « histoire de ». Et Cédric de me répondre :

« Je n’ai jamais été capable d’assurer un taf. Tous les boulots que j’ai eus, ça n’a jamais duré. À chaque fois je fais de la merde… »

Découragé par l’échec de ses dernières tentatives de sevrage aux opiacés, Cédric espace les shoots ou alterne avec un produit de substitution. Parfois il mélange la substitution avec l’héro ou le sken »… Aïe ! Au milieu de ce merdier, je pense que la seule chose qui fait encore tenir Cédric, c’est l’espoir d’un avenir meilleur, sous états seconds… mais ce n’est pas gagné et comme il me l’a si bien dit, juste un peu avant que mon tram n’arrive, à la fin de notre longue entrevue :

« On ne se refait pas dans la vie… j’espère tout de même pouvoir trouver un toit dans les prochains temps ; la rue, j’en ai vraiment ma claque. Un jour elle m’aura. »

Quelques nouvelles de Cédric ?

Cédric et moi-même sommes restés en contact par mail pendant quelque temps. Il choppait sa connexion internet le soir venu, en squattant à proximité d’un bar branché, et en utilisant la connexion wifi ouverte à la clientèle. Il a d’ailleurs eu l’occasion de lire cet article et de valider sa publication. Mais depuis, je n’ai plus aucune nouvelle de Cédric. En espérant que ça aille pour lui… J’ai essayé de le soutenir du mieux que je le pouvais, tout en lui donnant la parole, car j’ai réellement trouvé son témoignage poignant et intéressant ! Désormais, tout ce que l’on peut souhaiter à ce punk (sans chien), c’est qu’il puisse s’en sortir, et pourquoi pas, trouver de la compagnie et un petit taf !

Tu as aimé ce hors-série ? Alors, je t’invite vraiment à le partager autour de toi et surtout, à t’inscrire à la newsletter, car elle te donnera accès, tout au long de l’année, à de nombreux contenus supplémentaires en totale exclusivité^^ ! Pense également à me suivre sur Facebook, Instagram & Twitter, ainsi que sur le Chanel YouTube officiel du blog LeDiscographe.fr. Peace !

Klark D.

    30 Partages
    Partagez29
    Tweetez
    Enregistrer1